Témoignage d'artiste : Gonzalo Etxebarria dans les grottes...

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Des Bertsolari en dialogue avec d'autres artistes :  l'improvisation poétique en réponse à la musique, à la danse, à l'expression graphique… C'était le 14 mars 2009 dans les grottes d'Isturitz et Oxocelhaya, une rencontre autour des poètes improvisateurs Andoni Egaña et Uxue Alberdi... Gonzalo Etxebarria* a participé à cette performance aux côtés des musiciens Christophe Hiriart et Paxkal Indo et du danseur Matthieu Mendizabal.
Beaucoup d'émotion chez les artistes comme dans le public... Gonzalo Etxeberria nous livre ici son sentiment.


Gonzalo, peux-tu nous dire dans quel état d'esprit tu as abordé ce travail dans la grotte ?
Au départ je pensais que ma présence, avec ma toile et mon matériel, allait constituer une intrusion pour la grotte, qu'elle n'avait pas lieu d'être… Mais très vite je m'y suis senti bien… Il y a une douceur, un bien-être qui nous envahit dans ce lieu… On compare parfois cela à la sensation d'être dans le ventre maternel, je comprends… C'est très doux, comme si on était là depuis toujours.
Et puis, j'ai peint à proximité des gravures de cervidés sur le pilier. J'ai travaillé là avec, à l'esprit, le fait que des hommes dans la préhistoire s'étaient aussi tenus dans ce lieu et avaient créé à cet endroit.
C'est pour moi une façon de les honorer, de leur dire que je sais qu'ils m'ont précédé. C'est une façon de respecter leur présence, mais aussi de leur dire qu'on existe toujours – comme créateur – que la création est toujours là. 

Y a-t-il dans ton tableau un lien avec les œuvres du passé ?
Non pas exactement… D'un point de vue plastique, je suis venu avec mes couleurs, mes images, mon regard contemporain. Au départ j'avais quelques idées, des images : l'animal symbolisant le sacrifice, quelque chose du lien avec la mort, l'idée du squelette…
Et l'écriture est venue ensuite, avec des choses qui sont récurrentes dans mon travail, l'utilisation des couleurs fluo qui sont très présentes dans la peinture contemporaine… Je n'étais pas là pour faire une mauvaise copie. Mais il y reste le lien entre ce qui peut exister dedans et ce qui existe dehors…

De quelle façon es-tu rentré dans le dialogue avec les bertsulari ?

Sur les moments où ils étaient présents, je me suis contenté d'écouter. Et d'apprécier… Je crois que c'était difficile pour eux. La première fois, on sentait qu'ils étaient dans l'émotion de la découverte, mais j'ai préféré les bertsu du 2ème passage, surtout ceux d'Uxue….
La parole ne m'a pas guidé dans ma peinture… Ce sont deux langages différents. La peinture ou les arts plastiques ont leur discours propre et la parole a le sien. Il y a cette phrase du peintre Francis Bacon:   "Si on peut le dire, pourquoi le faire ?" Il ne s'agit pas d'établir une hiérarchie entre la parole et le geste,  mais de penser à leur complémentarité.
J'ai aimé un bertsu de Uxue où elle a évoqué le support matériel de l'œuvre : la pierre de la préhistoire et ma toile aujourd'hui.. Elle a fait un lien simple et beau entre les créations d'époques différentes. C'est bien de ne pas trop sacraliser… même si par ailleurs, il y a aussi une dimension sacrée dans la grotte .

Tu as passé près de cinq heures à peindre dans la grotte, comment ressort-on de cette expérience ?
J'étais beaucoup plus tranquille à la fin… Je pensais qu'on pouvait dire "on est vivant "et "on perpétue l'histoire de ces hommes". Je savais que j'étais venu non pas pour "envahir" ce lieu de ma présence mais pour habiter l'histoire des êtres humains.
Et surtout pour moi reste une évidence que nous rappellent ces lieux : avant que n'existent l'agriculture, la propriété et les premières transactions entre les hommes, il y avait l'acte de création. L'art existait avant l'économie.
Il était là au départ et dans chaque période difficile de l'histoire, la création se fait plus vigoureuse, marquant bien la nécessité de l'acte créatif. Dans notre époque de scepticisme, de manipulation , il faut se dire que l'art reste, ainsi que notre capacité à créer.
Les hommes préhistoriques nous ont laissé des oeuvres réalisées dans des conditions matérielles parfois très difficiles… Nous ne savons pas pourquoi ils le faisaient, mais nous savons que cela leur était indispensable.

*Cet artiste vit depuis une vingtaine d’années en Soule où il anime l’atelier de création Uztaro à Menditte. Ancien membre de l’école d’art de Deba en Gipuzkoa, créée par le sculpteur Oteiza, il aime expérimenter sans cesse de nouvelles techniques.
L’un de ses objectifs est de promouvoir la création artistique dans l’arrière-pays du Pays Basque car l’art, dit-il, est porteur de vitalité et d’espoir.

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