80 000 ans de présence humaine

La colline de Gaztelu à Saint-Martin d'Arberoue, en Pays Basque, abrite les Grottes d'Isturitz et Oxocelhaya, site naturel et archéologique majeur des Pyrénées.


La dimension préhistorique du site est de loin celle qui domine son histoire par les vestiges qu’elle nous lègue, mais des traces et des témoignages de la présence humaine sont aussi présentes pour toutes les périodes : protohistoire, époque romaine, moyen âge et jusqu'à l'époque contemporaine.

L’intérêt majeur du site concerne donc les périodes préhistoriques, avec 80.0000 ans d’occupation humaine, des Hommes de Néanderthal jusqu'aux Homo Sapiens du Paléolithique Supérieur.

Ces témoignages sont observables dans la grotte d’Isturitz, où une stratigraphie des plus intéressantes de la région pyrénéenne est présentée.

La coupe stratigraphique se compose de plus de dix couches archéologiques réparties sur deux périodes (Paléolithique Moyen et Paléolithique Supérieur) de la façon suivante :

  • Un moustérien « ancien » commencé il y a environ 80 000 ans qui correspond à la première occupation Neandertal sur le site.
  • Une occupation du site par les Ours : l’enchevêtrement de squelettes d’ours le confirme.
  • Une seconde phase moustérienne (Néanderthal) vers 50 000 ans,
  • Une séquence importante aurignacienne archaïque ou proto-archaïque correspondant aux premiers Homo-Sapiens s’installant dans la région.
  • Les séquences gravettiennes, solutréennes, et magdaléniennes, qui marquent le plein épanouissement du site…

Jusque dans les années 1990, la colline de gaztelu doit sa renommée publique à la beauté géologique de la grotte d’Oxocelhaya qui fait du lieu un grand site touristique de cette partie du Pays Basque et des Pyrénées.
C'est à partir de cette époque qu'est mise en lumière la richesse archéologique de la colline de Gaztelu….

LES CULTURES PREHISTORIQUES

Chacun des grands types humains occupant le site d’Isturitz est à l’origine de plusieurs industries lithiques (outillage en silex caractéristiques d'une époque). La reconnaissance des industries est primordiale puisqu’elle permet de déterminer les différentes cultures qui se sont succédées sur le site. D’après les éléments répertoriés, 50 000 environ, et les estimations sur le terrain, le site d’Isturitz aurait conservé des millions de pièces lithiques et osseuses.

Aux hommes de Néanderthal correspond la culture moustérienne. Le moustérien se développe à Isturitz de 80 000 à 45 000 ans environ. Deux grandes industries ont été répertoriées. L’outil caractéristique est le racloir réalisé sur éclat. Cet outil représente près de 70% du matériel. C’est aussi l’époque des premières manifestations esthétiques : galets gravés comportant de simples stries.

Les industries suivantes sont l’œuvre des Homo-Sapiens.
La plus ancienne industrie attribuée à cet homme, est l’Aurignacien. Cette culture est d’une richesse extraordinaire et fait partie des couches les plus importantes du gisement.
Les objets les plus caractéristiques sont les grattoirs (51%) dont les grattoirs carénés, et les outils réalisés sur des supports longs dont les lames retouchées. L’industrie osseuse se développe aussi. Apparaissent les retouchoirs, les pointes de sagaie, les spatules, les parures…

Le gravettien d’Isturitz est un ensemble remarquable par la qualité des industries lithiques et osseuses. Cette industrie témoigne vivement de l’impact régional du site d’Isturitz dans la zone franco-cantabrique. Les objets lithiques caractéristiques de cette période sont les burins dont les burins de noailles, les pointes de gravette. Quant aux éléments osseux, les pointes de sagaie sont toujours bien représentées dont les sagaies de « type Isturitz ».

Un petit peu moins riche que les cultures précédentes, la couche solutréenne est caractérisée par les feuilles de lauriers ou pointes foliacées ainsi que les grandes sagaies en os à biseau court.

Le magdalénien est la dernière culture richissime du gisement d’Isturitz.
A cette époque, tout foisonne, l’industrie lithique comme l’industrie osseuse. Les éléments caractéristiques sont représentés par les objets sur lames et lamelles : grattoirs, burins, perçoirs... L’industrie osseuse comporte des pointes de sagaie, des harpons en quantité remarquable.

 


 Des hommes influencés...
par la géographie et les variations climatiques



La venue et le maintien des populations préhistoriques s’expliquent par plusieurs facteurs environnementaux tels que la géographie, le climat, la faune, la flore qui, par leurs particularités, offrent un milieu singulier.

Une situation géographique privilégiée

Les montagnes pyrénéennes constituent une véritable barrière naturelle quasiment infranchissable sauf en deux endroits : les Pyrénées occidentales et les Pyrénées orientales. Les Pyrénées occidentales, et plus particulièrement la région basque, sont une zone de passage essentielle entre le Nord de la péninsule Ibérique et le territoire français. Cette région franco-cantabrique est l’une des grandes zones de regroupement et de concentration des populations du Paléolithique supérieur. C’est la raison pour laquelle en son sein, converge et foisonne une multitude de cultures et sociétés préhistoriques.

Les hommes du Paléolithique ont migré jusqu’en ces lieux en raison de la facilité d’accès à la vallée de l’Arberoue et à cet éperon rocheux.La multitude des collines environnantes, faiblement escarpées mais suffisamment importantes, canalise le flux des animaux migrants vers la colline de Gaztelu qui barre perpendiculairement la vallée. La présence de la rivière en fond de vallée d’Arberoue et la présence des animaux font de cet endroit une source capitale de vie.


Les déplacements humains sont effectivement motivés par une géographie favorable, mais ils peuvent aussi être provoqués par la nécessité. La recherche de matières premières pour un usage quotidien peut alors déterminer des déplacements, qu’ils soient temporaires ou non.
La colline de Gaztelu est au cœur d’un bassin de matières premières convoitées par les hommes
.

De nombreux échanges avec la côte atlantique ont été déterminés par la présence de coquillages marins dans le site d’Isturitz (littorines, trivias, dentales...). Les matières premières lithiques proviennent des secteurs de Bidache, Salies de Béarn, Chalosse... Les matières colorantes (limonite, hématite) fréquemment utilisées proviendraient en partie de la vallée des Aldudes, du Baïgurra... La stéatite, rare mais présente, viendrait du secteur d’Arudy.
De nombreux indices archéologiques témoignent ainsi des différents déplacements de ces populations. Couramment, ils allaient chercher leurs matières premières dans un rayon de 50 kilomètres autour d’Isturitz.


Influence des climats, de la faune, de la flore

La région bénéficie d’un climat tout à fait particulier puisque l’influence océanique adoucit les rigueurs climatiques de la dernière glaciation, le Würm. Etant situé entre l’océan et la montagne, il existe dans cette région une grande variété de biotopes différents.

L’analyse pollinique (étude des pollens) et la paléontologie (étude des ossements des animaux) démontrent que dans cette région ont coexisté une flore et une faune dites “froides” avec une flore et une faune dites “tempérées”.

Dès l’installation des hommes de Néanderthal jusqu’à leur disparition (80.000 ans à 45.000 ans), la flore est plutôt tempérée à l’humidité moyenne (6% d’arbres: noisetier majoritairement, pin, chêne, orme et des fougères). Une faune de type tempéré est présente dans l’environnement. Le cerf ainsi que les grands bovidés (bison) semblent être les animaux les plus répandus.

Lorsque les premiers Homo-Sapiens occupent les lieux (45 000 - 35 000 ans), le climat se refroidit nettement. Les arbres sont moins fréquents (1,7%), le noisetier est toujours présent et le chêne disparaît. Les fougères sont moins nombreuses, les bruyères les supplantent. Les animaux présents sont adaptés à des climats plus froids. Le rhinocéros à narines cloisonnées et le renard bleu apparaissent. Le renne, rare jusqu’à présent, et le cheval sont abondants. Quand au cerf, il se raréfie.

Jusqu’à 22 000 ans environ, le climat ne cesse de se refroidir. Il devient très froid et sec. Un paysage steppique se met en place. Les arbres disparaissent presque totalement, il ne reste plus que des pins, il n’y a plus de fougères ni bruyères et les cichoriés ont tout envahi. Des animaux parfaitement adaptés à ce climat évoluent dans l’environnement: mammouths, rhinocéros à narines cloisonnées, ours des cavernes, renards bleus, antilopes saïga, mégacéros, harfangs des neiges.
Toutefois l’environnement favorise aussi la conservation d’espèces adaptées à des climats plus tempérés: le cheval, les bovidés, le cerf demeurent. Aussi se côtoient des faunes steppiques et des faunes forestières...
 

Jusqu’à 10 000 ans, le climat se radoucit peu à peu, restant toutefois moyennement froid malgré les différentes phases de réchauffement annonçant le grand changement climatique de 10 000 ans.
Les arbres sont de plus en plus nombreux et variés: chêne, aulne, noisetier, hêtre. Les fougères et plantes d’eau se développent. Se côtoient des plantes steppiques et une flore à tendance humide. De telles particularités sont confirmées par une faune mixte, de forêt et de steppe. Le cheval et les bovidés restent les animaux les plus présents. Le cerf et le renne cohabitent sur un même territoire. Les lièvres, les sangliers, les bouquetins, les isards, les renards, les chats sauvages et de nombreux oiseaux (passereaux, gallinacés, palmipèdes, rapaces diurnes et nocturnes...) séjournent dans la région.


Auteur : Aude Labarge Aulame