Art et site de regroupement

A Isturitz, des hommes inspirés !


La colline de Gaztelu est connue par son site d’habitat préhistorique et aussi et surtout par sa richesse artistique.
C’est un des rares sites en Europe où se côtoient l’habitat, l’art mobilier et l’art pariétal.

L'art pariétal

L’art pariétal, le plus renommé, se trouve dans les cavités, sur les parois, les plafonds et les sols des grottes. Ces dernières sont alors nommées des grottes sanctuaires.

La grotte d’Oxocelhaya en est l’exemple typique. Se sont conservés des peintures (une multitude de signes), des dessins (bisons et chevaux), des gravures (chevaux, bisons et tracés humains). Le style des chevaux de la grotte d’Oxocelhaya est

étonnant en deux points: la particularité de la figuration des crinières (plutôt horizontales) et la figuration des “licols” (interprétés aujourd’hui comme simple détail anatomique).

Les œuvres gravées d’Oxocelhaya sont exécutées par grattage ou raclage, plus rarement par piquetage avec un outil en silex contre la paroi.
Deux catégories de gravures sont alors identifiables : les gravures profondes et les gravures de surface.
Quant aux dessins sur paroi se situant dans la galerie Laplace, ils sont exécutés à l’aide d’un charbon formant un bison en position verticale et un cheval.

Enfin, la grotte d’Isturitz offre au regard un très beau pilier sculpté en bas relief et

gravure profonde mais aussi diverses manifestations artistiques pariétales disséminées dans toute la grotte: des signes, des grandes surfaces colorées en rouge, des os fichés dans les parois...

Ainsi, dans cette colline, il semble que les hommes de la Préhistoire aient manifesté artistiquement leur présence dans tous les lieux de la cavité (zones de passage, fonds de diverticule, galeries, salles...). Leur art se situe aussi bien en plein cœur de l’habitat, comme au fond de la cavité, dans les endroits les plus isolés.

L'art mobilier



L’art mobilier d’Isturitz
est aussi d’une richesse incontestable en raison de la quantité d’objets de même genre retrouvée : les hommes de la Préhistoire d’Isturitz avaient le goût pour la “série”.
Ils ont ainsi façonné des séries de plaquettes gravées, de rondes-bosses aplaties, de baguettes demi-rondes, des contours découpés, des galets gravés, des pendeloques, des flûtes, des lames d’os décorées... Par leur originalité stylistique et la qualité de leur exécution, ces objets sont des artefacts de référence.
Les séries, qu’elles soient classiques ou atypiques (propre à un site), sont intéressantes par la quantité des œuvres qu’elles réunissent. Une telle quantité permet de concevoir une “économie artistique”, c’est-à-dire suivre les déplacements humains et comprendre la persistance ou l’évolution de certains styles sur plusieurs centaines voire des milliers d’années.



 
Gaztelu : un site de regroupement...


La colline de Gaztelu est un site tout à fait singulier de par la quantité et qualité des artefacts retrouvés dans le gisement archéologique. Tous les témoins d’une occupation dense et riche culturellement semblent réunis : l’habitat, l’art pariétal et mobilier, l’économie préhistorique. Car ce site bénéficie d’un grand nombre de facteurs assurant une vie quotidienne plus aisée et confortable, faisant de la colline de Gaztelu un des rares sites d’agrégation.

Le site de Gaztelu fait partie de cette petite famille de “super-site” au même titre que le Mas d’Azil (Ariège) ou les falaises des Eyzies (Dordogne).


Par la présence d’indices archéologiques culturels éloignés, la colline de Gaztelu est comparable à une plaque tournante culturelle, la sphère d’échanges étant relativement étendue : de la Dordogne aux Pyrénées Occidentales jusque dans les Cantabres (Espagne du Nord). Les indices archéologiques reflètent les contacts de tous les groupes se déplaçant sur un territoire défini, qui entrent en contacts avec une multitude d’autres groupes parcourant eux-mêmes d’autres territoires définis.

C’est la somme de toutes ces associations qui traduisent de vastes échanges que l’on appelle l’économie préhistorique.

Il existe deux grandes familles d’indices archéologiques témoignant de circulations culturelles : la production artistique et les industries lithiques.

Dès l’Aurignacien (40 000 ans environ), le site d’Isturitz entre dans une grande phase de développement. Il agit comme un centre de diffusion mais aussi de réception d’éléments et d’influences culturelles.

Le gravettien (25 000 ans) est la seconde grande phase d’occupation de la colline. A cette époque, deux grands secteurs géographiques exercent leur influence : les Cantabres et la Dordogne.

Le solutréen (20 000 ans) est assez mal représenté à Isturitz bien que la culture identifiée est à rapprocher des Cantabres, puisqu’il est plus tardif que celui de la Dordogne.

L’apogée du site se situe au Magdalénien (14 000 ans). L’art mobilier traduit tout à fait l’originalité pyrénéenne et l’influence des sites d’Est en Ouest. Les contours découpés, les baguettes de type Isturitz se développent dans d’autres sites (Arudy, Lourdes, Lespugue).

Isturitz et le Mas d’Azil sont de grands sites de référence pyrénéens, constituant le style et l’unité Pyrénéenne.

Auteur : Aude Labarge Aulame